Estonie : présidence de l’Union européenne

L’ Estonie assure de juillet à décembre 2017 la présidence du Conseil des ministres de l’Union européenne. C’est l’occasion de s’intéresser aux diverses présidences de l’Union européenne. C’est l’occasion de s’intéresser à l’Estonie.

Union européenne. Elle compte beaucoup de présidences. Lire cet article constituera pour le lecteur une révision et une mise à jour de ses connaissances sur les institutions de l’Union. On peut ironiser sur l’organigramme de l’Union européenne. Mais il faut reconnaitre une vertu pédagogique à ces présidences tournantes de l’Union. Cela permet à tous les membres de l’Union de se rendre dans le pays de la présidence et de mieux connaitre un membre du club des 28 (bientôt 27). Ce semestre-ci, c’est au tour de l’Estonie. Avouons que le français moyen ne sait pas grand-chose de l’Estonie.
L’Eglise catholique en Estonie. Là aussi, avouons que le catholique français moyen n’en connait pas grand-chose. Raison de plus pour s’y intéresser.
Comme tous les pays de la zone baltique, la christianisation de ces régions s’est faite tardivement, au début du deuxième millénaire (alors que Lyon en France s’enorgueillit d’avoir accueilli des chrétiens dès le deuxième siècle).
Au moment de la Réforme du XVIe siècle, ces régions ont basculé totalement du côté des réformés. Au point que les catholiques en ont quasiment disparu.
En Estonie, lorsque la liberté religieuse a été rétablie totalement, au moment de l’indépendance du pays (1918), les catholiques constituent une infime minorité, en général d’ascendance étrangère (polonaise, ukrainienne, lithuanienne…).
Après la seconde indépendance du pays (1991), l’Eglise catholique se reconstitue selon un schéma classique post-soviétique. Des catholiques membres de diverses minorités nationales, mais pleinement citoyens estoniens. Un début d’Église vraiment estonienne. Il y a environ 5000 catholiques dans le pays (pour une population de 1,3 million d’habitants). Un évêque qui est administrateur apostolique. Pour l’anecdote, il est d’origine française : Mgr Ph. Jourdan, prêtre de l’Opus Dei. Une dizaine de paroisses et de prêtres. Quelques religieuses.

Carte de l'Estonie

Carte de l’Estonie

 

           La Présidence estonienne de l’Union européenne : une première

 

Succédant à Malte, l’Estonie préside depuis le mois de juillet le Conseil des ministres de l’Union européenne. Son mandat de six mois s’achève en décembre et la Bulgarie prendra alors le relais. C’est une première pour cette ancienne république soviétique, redevenue indépendante en 1991 et entrée dans l’Union avec ses deux voisines baltes, Lettonie et Lituanie, en 2004. Si l’on avait suivi la rotation normale, le tour de l’Estonie ne serait arrivé qu’en 2018 mais le Brexit est venu troubler le rythme des présidences et, coïncidence heureuse, Tallinn préside le Conseil des ministres 100 ans après la déclaration d’indépendance de 1917 à laquelle l’URSS avait mis fin en 1939 à la suite du Pacte germano-soviétique  qui lui donnait le feu vert pour occuper puis annexer les trois pays baltes.

Un début d’Église vraiment estonienne

Rappelons que dans les structures, souvent difficiles à décoder, de l’Union européenne, la présidence semestrielle du Conseil des ministres, qui implique la tenue dans la capitale du pays hôte de nombreuses réunions ministérielles, de leurs groupes de travail et du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement, ne se confond pas avec la présidence de ce dernier. Celle-ci est actuellement assurée pour une durée de deux ans et demi par le Polonais Donald Tusk, réélu en 2017. Elle est évidemment distincte de la présidence de la Commission européenne installée à Bruxelles et confiée au Luxembourgeois Jean-Claude Junker ainsi que d’une autre présidence, celle du Parlement européen que vient de quitter le candidat malheureux de Mme Merkel aux élections fédérales de septembre, au profit de l’Italien Antonio Tajani. Elle ne se confond pas non plus avec celle de l’Eurogroupe à la tête duquel officie le Néerlandais Dijsselbloem.

La présidence du Conseil des ministres est une tâche qui peut s’avérer lourde à assumer sur le plan de la logistique et de l’organisation, compte tenu du nombre important des réunions dont il faut assurer la préparation et la gestion. Elle l’est d’autant plus lorsque les moyens et les infrastructures de son titulaire ne peuvent se comparer à ceux de membres mieux dotés de l’Union. Même si l’Estonie avec ses 1.300.000 habitants n’est pas le plus petit parmi les 28 partenaires (le Luxembourg, Malte…), elle n’a qu’une expérience limitée en matière de rencontres internationales et le défi à relever n’est pas mince. La responsabilité est également lourde sur le plan de la définition des priorités de la construction européenne et de la conduite des dossiers qui s’y rattachent. Certes, la Présidence consiste avant tout en un rôle de médiation, de formation d’un consensus et de facilitation des décisions à prendre. Son titulaire a cependant toujours à cœur de ne pas se borner à assurer le bon déroulement des débats et à s’entremettre en cas de difficulté. Il y va de son rang et de sa stature internationale et la volonté d’imprimer sa propre marque et de ne pas simplement reprendre le programme de son prédécesseur est toujours présente. Chaque présidence affiche les orientations qu’elle souhaite appuyer ou développer et qui lui paraissent correspondre à sa conception de ce que doit apporter, de son point de vue, l’action européenne commune.

L’Estonie s’est ainsi fixé 4 priorités :
– une économie européenne ouverte et innovante
– une Europe sûre et protégée
– une Europe durable et ouverte à tous
– une Europe numérique où la circulation des données est libre.

On notera l’engagement du gouvernement de Tallinn envers le numérique, un domaine qui constitue un des points forts de l’Estonie : Toutes les administrations, notamment la Santé publique et les hôpitaux, sont digitalisés et accessibles par le net. Le pays se compare volontiers à Singapour et se considère sur ce plan le plus avancé du continent européen. La protection de l’environnement est également une préoccupation majeure dans un territoire dont la moitié est occupée par la forêt et un cinquième constitue une zone de préservation animale. Dans le débat qui oppose les partisans d’une Europe à plusieurs vitesses à ceux qui plaident pour des partenaires progressant tous au même rythme, l’Estonie se range clairement parmi les avocats d’une Union respectant les traditions et les particularités de chacun et n’en marginalisant aucun. L’Europe à la carte, telle que la France la défend régulièrement et encore tout récemment, est regardée avec méfiance. Le système actuel est loin d’être parfait. Il est sans doute appelé à être revu mais il tient compte des réalités et constitue un compromis sur le chemin d’une intégration européenne dont la progression reste laborieuse. Alors que l’Union traverse une période de turbulences, il n’est certes pas souhaitable de se pencher à nouveau sur un dispositif institutionnel qui donne à chaque partenaire, quels que soient sa taille et son poids, l’occasion de se mettre en avant à tour de rôle.

Le mécanisme des présidences tournantes de l’UE fait encore aujourd’hui l’objet de commentaires critiques : une rotation beaucoup trop rapide qui fait obstacle à la mise en œuvre d’un véritable programme de travail (6 mois sont vite passés, surtout au second semestre) ; une organisation très pesante qui ne sert que pendant quelques mois. Il s’agissait à l’origine de permettre à chaque partenaire de prendre sa part des responsabilités dans la conduite des affaires européennes ne relevant pas des procédures communautaires gérées par la Commission. D’un côté, la coopération politique placée sous la souveraineté directe des Etats membres, de l’autre les affaires communautaires traitées à Bruxelles. Aujourd’hui cette distinction n’est guère comprise de l’opinion. Comment expliquer la création d’une Présidence de deux ans et demi de l’Union européenne qui vient s’ajouter à une Présidence semestrielle exercée par un pays ? On connaît la remarque ironique d’un président américain se demandant quel numéro de téléphone il fallait appeler à Bruxelles pour joindre un interlocuteur à son niveau. Mais à l’inverse, ces fonctions éphémères, même si elles ne reviennent théoriquement que tous les 14 ans, ne sont-elles pas un moyen d’associer plus étroitement les nouveaux membres au fonctionnement de l’Union et de leur donner le pouvoir, même limité, de jouer leur rôle dans la construction de l’Europe et de faire entendre leur voix ? Tous les entrants, depuis la dislocation de l’Union soviétique, et ceux qui peuvent encore aujourd’hui prétendre à une adhésion sont de petits pays à qui donner le sentiment d’être des quantités négligeables et de n’avoir droit qu’à un strapontin peut se révéler un mauvais calcul pour la cohésion de l’Union et son image dans les opinions publiques.

Une des caractéristiques de l’Estonie dans le contexte actuel est qu’elle est non seulement une voisine immédiate de la Russie mais qu’elle compte une minorité russe significative qu’on peut situer autour de 25%. (La Lettonie est dans le même cas) Une partie de ces Russes sont historiquement originaires de cette région mais la plupart se sont installés après l’annexion soviétique et n’ont pas pris la nationalité estonienne (ils sont officiellement apatrides). Leur nombre est en voie de diminution mais l’imprégnation russe reste réelle. On estimait encore récemment que 72% de la population parlait le russe et que 30% l’avait comme langue maternelle. Bien que l’Estonie soit considérée comme une nation de tradition luthérienne, le nombre des Orthodoxes liés au Patriarcat de Moscou l’emporte sur celui des Protestants. Il est vrai que le pays passe pour l’un des moins religieux d’Europe : Lors du recensement de 2011, 54% de la population se déclarait sans lien avec une religion établie, 18% se réclamait de l’orthodoxie, 10% du protestantisme. Si l’on ajoute à ces 54% ceux qui se situent en dehors de ces catégories, on arrive à un pourcentage de 70% d’Estoniens se disant officiellement non concernés par la religion.

Dominique Chassard
Bénévole SNMUE
Octobre 2017