Jeunes Chinois laïcs catholiques, en formation !

Antoine Sondag a participé à l’animation d’une session pour étudiants et jeunes professionnels venant des divers pays d’Asie : 55 participants de 14 pays différents réunis à Yogyakarta en Indonésie. Session de formation sur le thème : « Des jeunes en Asie, acteurs de changement. Pour un développement durable et une écologie intégrale, à la suite de Laudato Si ». Parmi les participants à la session, il y avait deux ressortissants chinois laïcs catholiques. Appelons les Joseph et Mateo, de leur nom de baptême. Et disons qu’ils habitent deux grandes villes : Chengdu et Nanjing. Voilà une vision de l’Eglise en Chine au travers des yeux de deux jeunes laïcs.

Deux jeunes Chinois, laïcs catholiques, en formation ! Travaux en petits groupes

Travaux en petits groupes, assez détendus !

Joseph : J’ai 27 ans, je travaille dans une grande compagnie, et je ne suis pas marié. C’est le P. Z… qui m’a transmis l’invitation à participer à cette formation pour jeunes professionnels en Asie. Il me connait depuis plusieurs années, actuellement je ne le vois plus très souvent, car j’habite Chengdu, assez loin de ma province d’origine. C’est la seconde fois de ma vie que je prends l’avion et la première fois que je sors de Chine. La première fois, j’avais pris l’avion pour aller à Shanghai où j’ai fait un an de volontariat, pour une fondation créée et soutenue par un Américain, ce qui m’avait permis d’améliorer mon anglais appris à l’école et à l’université.
Mateo : J’ai aussi 27 ans, je travaille pour une association sans but lucratif, je vis à Nanjing, moi aussi assez loin de ma province d’origine. Je ne suis pas marié, c’est la première fois que je sors de Chine.

Joseph : Je vais à la messe chaque dimanche. Et je suis membre d’une fraternité : les disciples de St Paul, dans mon église paroissiale. La plupart des membres de la fraternité sont des étudiants, quelques-uns comme moi travaillent déjà. Ce que nous faisons : on prie, on a d’autres activités, on se détend ensemble, on donne un coup de main pour les catholiques locaux, les personnes âgées ou isolées…
Mateo : Je vais à l’église chaque dimanche, sauf quand je travaille le dimanche, ce qui arrive. Je suis membre de la Jeunesse franciscaine. Il y a quatre églises catholiques à Nanjing. Mon groupe a des activités comme la prière, le travail volontaire pour des gens pauvres, des catholiques pauvres, on nettoie leur maison par exemple, on fait cela le samedi.

Joseph : J’ai de bonnes relations avec le curé de la paroisse. Il me connait, on se rend chez lui pour manger des fruits, ce curé est jeune, peut-être 38 ans. J’ai été baptisé enfant, mes parents sont catholiques. J’ai une sœur et deux frères. Nous habitions un village et la politique de l’enfant unique ne s’appliquait pas, d’ailleurs depuis l’an passé, cette politique a été abolie.
Mateo : Le dimanche, je vais à l’église du nord, parfois à celle du sud. Je connais le curé, nos relations sont très bonnes. Il y a dans la paroisse un groupe de jeunes qui réfléchissent à la possibilité de devenir prêtre. Quand j’étais étudiant, j’étais membre d’un groupe d’étudiants catholiques, le samedi on se réunissait pour diverses activités, toujours la prière, mais aussi des activités sociales, pour les personnes âgées (toujours des catholiques)…J’ai été baptisé en 2006 à l’âge de 16 ans, baptisé dans une église ouverte (open church, ce que les Français appellent parfois l’église officielle, par opposition à l’église clandestine). Quand j’avais 14 ans, j’ai rencontré un prêtre de Corée, et plusieurs religieuses de Corée, ils travaillaient dans une léproserie, et je me suis demandé pourquoi ils étaient venus de Corée pour prendre soin de ces gens-là… j’ai rencontré Dieu, pour le service des pauvres. Ce qu’était ma religion avant mon baptême ? Je ne sais pas. Ma mère m’emmenait parfois à des groupes de prière privée dans une maison particulière, dans cette pièce, il y avait une croix, mais ce n’était pas un groupe protestant, je ne sais pas ce qu’était ce groupe… c’est différent de ce que je connais maintenant. J’en ai parlé au curé de la paroisse de ma ville natale, et il m’a dit : ce groupe n’est pas catholique.
J’ai un frère et une sœur. La politique de l’enfant unique ? Si on a plus d’un enfant, il faut payer une amende. On peut toujours donner un peu d’argent au fonctionnaire qui vérifie !

Oui, nous savons tous les deux qu’il existe une église ouverte et une église cachée en Chine, au sein de l’Eglise Catholique (open/underground).

Joseph : Dans ma ville natale, il y avait une église cachée, dans la maison d’une famille catholique, et on célébrait la messe là-bas. A Chengdu, il y a une église ouverte, le prêtre appartient à l’église ouverte…
Mateo : Mon église est une église ouverte.
Joseph : Quelle est la différence entre les deux églises ? Quand j’ai commencé mes études supérieures, en 2009, j’ai pensé qu’il est important d’aller à l’église, comme en famille, une église cachée, mais il m’a été difficile d’en trouver une. Une fois que j’en ai trouvé une, ce n’était pas suffisant pour moi de n’aller qu’à la messe, l’église cachée ne fait que de la liturgie, alors je suis allé dans une église ouverte, qui organisait diverses activités, voilà, et maintenant je vais à l’église ouverte.
Mateo : Pour moi, je ne fais pas attention si c’est une église ouverte ou cachée. Je pense que les deux religions sont les mêmes, j’ai confiance en Dieu, cela ne m’importe pas.
Joseph : A Chengdu, il n’y a pas d’évêque pour diriger le diocèse. C’est un problème, parce que celui qui dirige les prêtres devrait être un évêque, pour réaliser l’unité entre les prêtres. L’Etat peut diviser les prêtres, les prêtres n’écoutent personne, certains prêtres n’écoutent pas non plus le gouvernement, ce n’est pas bien pour l’Eglise.
Mateo : Je connais mon évêque, je le vois de temps à autre, il célèbre dans la troisième église de la ville, si je veux le voir, je vais dans cette église, c’est facile de le rencontrer après la messe. Mon évêque est ouvert : si j’ai une question, je vais le voir, il discute et me donne une réponse.

Joseph : Je ne sais pas quel est le nombre de catholiques en Chine, ni le nombre d’évêques. Les évêques ont des réunions, la réunion est convoquée par le gouvernement, les évêques doivent y aller, sinon ils sont arrêtés.
Mateo : Je n’ai pas d’idée sur l’Eglise catholique en Chine, ni concernant le nombre d’évêques. Comme je n’ai pas été à l’étranger, je ne peux pas non plus comparer l’Eglise en Chine avec une autre Eglise.

Depuis l’enfance,…, on nous dit de ne pas nous occuper des autres

Joseph : Je suis content de rencontrer tous ces gens ici à Yogyakarta, ils sont amicaux, mais le langage est difficile pour moi. Ma première fois hors de Chine, mon anglais est faible. Je peux parler avec toi, mais les conférences qui sont données, c’est vraiment difficile pour moi… je ne comprends que 30% des informations. J’ai beaucoup appris. Sur certains sujets, je n’avais aucune idée, tout cela a ouvert mon esprit…
Mateo : Je suis très content d’avoir cette chance de pouvoir venir ici. Avant, je n’avais aucune idée sur certains pays, il y a tant de questions sociales, les intervenants parlent de questions sociales… Dans ma ville, nous n’avons jamais discuté de ces sujets. Cela ouvre mes yeux, surtout sur les questions sociales.

Joseph : Les documents publiés par le pape, les encycliques. Je n’en avais jamais entendu parler, je crois. Je peux les trouver sur internet, mais je n’ai jamais cherché. Le pape écrit des encycliques, oui, cela est connu. Mais les prêtres de ma paroisse ne parlent pas de cela. Je n’en ai jamais entendu parler. A la messe, on prie pour le pape, évidemment.
Mateo : Mon curé lors de la messe fait référence au pape. Il explique la Bible pour l’homélie. Les prêtres nous donnent des nouvelles à propos du pape. Mais je n’avais aucune idée de la position du pape sur l’écologie.

Joseph :Comment je m’informe sur l’actualité de l’Eglise ? Un site internet catholique. Une fois par mois. J’ai un site web catholique. Qui le publie ? Je ne sais pas. C’est en chinois. Je ne vais pas chercher des informations en anglais. C’est trop difficile à lire !
Mateo : Je m’informe par mon smartphone. Je connais un prêtre qui vit au Vatican, chaque jour, il envoie un message à propos de la messe du pape à Ste Marthe, ce que le pape dit pour son homélie. J’ai une app, je peux l’utiliser pour lire un site internet. Ce que ce prêtre fait à Rome, je ne sais pas, mais je lis ses tweets… peut-être il est étudiant à Rome ?

Joseph : Ce programme de formation auquel j’ai participé : plein de sens pour moi. La première fois que je vois l’Eglise en Asie, des gens de partout, des catholiques des autres pays, ce qu’ils pensent, ce qu’ils reçoivent de l’Eglise, des idées nouvelles, je n’avais jamais entendu parler de certains sujets. Je vais rapporter cela en Chine et le partager avec mes amis catholiques. J’ai bien l’impression qu’il y a aussi d’autres sujets que je devrais porter dans ma réflexion pour mon pays et mon Eglise. Par exemple : les jeunes d’autres pays aident l’Eglise à remplir sa mission, les catholiques locaux réunissent les jeunes pour mener à bien la pastorale des jeunes.
Mateo : J’ai vu à quel point des jeunes catholiques prennent soin de leur Eglise, y compris les questions sociales. Dans mon esprit, avant de venir ici, je n’avais jamais réfléchi à des questions sociales dans ma ville ou dans mon église. En rentrant chez moi, je vais partager mes expériences à mes partenaires, à Nanjing, nous avons beaucoup d’équipes, des équipes de jeunes, juste pour faire des partages bibliques. Ils ne réfléchissent pas profondément à certains problèmes comme les questions sociales. Nous parlons seulement de Bible, mais à l’avenir, on va aussi parler d’autres sujets.
Je suis très content de ce programme de formation. L’an prochain, mon anglais sera meilleur. Et si je ne peux pas participer (à une nouvelle session de formation), j’enverrai quelqu’un d’autre. L’anglais est vraiment un obstacle pour moi !

Joseph : Si je suis intéressé par la politique ? Pas vraiment. Je crois que c’est le cas de la plupart des Chinois. Depuis l’enfance, à l’école, à l’université, on nous dit de ne pas nous occuper des autres. Le gouvernement ne nous intéresse pas beaucoup. Je ne suis pas habitué à m’intéresser à cela.
Mateo : Je ne m’intéresse pas à la politique. En Chine, nous avons un gouvernement, ce gouvernement n’a pas de religion, moi, j’ai une religion et je ne m’occupe pas d’eux.

Recueilli par Antoine Sondag
31 juillet 2017
(entretien effectué en anglais. Les noms propres ont été modifiés)